La reprise des hostilités impliquant l’Iran intervient dans un contexte où le Moyen-Orient reste un carrefour critique pour le pétrole et le gaz mondiaux. Pour les grands comptes français et européens, la question n’est pas seulement celle du prix du baril demain matin, mais celle de la stabilité des flux, des budgets énergie 2026‑2027 et de la capacité à absorber un nouveau choc géopolitique.
Une guerre au cœur d’un carrefour énergétique mondial
Le détroit d’Ormuz : un chokepoint pour 20% du pétrole mondial
Le détroit d’Ormuz voit transiter chaque jour environ 17 à 20 millions de barils de pétrole, soit plus de 20% du pétrole mondial et près d’un quart du commerce maritime de brut. En parallèle, environ un cinquième du commerce mondial de GNL passe également par ce passage, majoritairement en provenance du Qatar.
L’Iran contrôle la rive nord du détroit, tandis qu’Oman et les Émirats arabes unis contrôlent la rive sud, ce qui donne à Téhéran un levier géopolitique majeur : la simple menace de perturber Ormuz suffit à tendre les marchés, à faire monter les primes de risque et à renchérir le coût d’assurance et de fret pour les cargaisons d’hydrocarbures.
Le poids énergétique du Moyen-Orient et la place de l’Iran
Le Moyen-Orient est déjà en train de s’imposer comme deuxième pôle gazier mondial derrière l’Amérique du Nord, avec une production de gaz en croissance de 15% depuis 2020 et une augmentation attendue d’environ 30% d’ici 2030. La région produit aujourd’hui près de 70 milliards de pieds cubes de gaz par jour et pourrait atteindre 90 milliards à l’horizon 2030, dont une part croissante destinée à l’export, notamment vers l’Europe et l’Asie.
Qatar, Arabie saoudite, Émirats, Oman et Iran structurent ce paysage, avec des projets massifs d’extension de capacité GNL, comme l’expansion du champ North Field au Qatar, calibrés précisément pour alimenter les besoins européens et asiatiques sur le long terme. Dans ce contexte, un conflit en Iran ne remet pas en cause uniquement les volumes iraniens, mais la perception de risque sur l’ensemble du corridor énergétique du Golfe.
France, Europe : où sont les vraies vulnérabilités ?
Une Europe moins dépendante de la Russie, mais plus exposée aux flux GNL
L’Union européenne a engagé depuis 2022 une sortie accélérée du gaz russe, avec une chute de la part de la Russie de 45% des importations de gaz en 2021 à moins de 20% en 2024, et un objectif d’interdiction quasi complète à partir de 2026 dans le cadre de REPowerEU. Cette diversification s’est traduite par davantage de GNL, en particulier en provenance des États‑Unis, du Qatar et d’autres fournisseurs du Moyen-Orient.
En parallèle, la valeur des importations européennes d’énergie a baissé depuis le pic de 2022, mais les volumes de gaz importés restent élevés (313 milliards de m³ en 2025 contre 361 en 2021), avec une dépendance croissante aux contrats GNL et aux marchés spot. Concrètement, cela signifie que tout signal de risque sur le détroit d’Ormuz ou le Golfe se traduit très vite par une tension sur les prix du gaz et du GNL livrés en Europe.
Grands comptes : budgets énergie sous pression jusqu’en 2027
Pour les grands comptes, l’épisode de crise précédente a déjà laissé des traces : fin de l’ARENH, renchérissement des prix de l’électricité dès 2026 et augmentation des budgets énergie de plusieurs millions d’euros pour les grandes collectivités et sites tertiaires. La nouvelle guerre en Iran introduit une couche de volatilité supplémentaire sur le pétrole et le gaz, donc indirectement sur l’électricité et les coûts d’exploitation des bâtiments et des chaînes logistiques.
Même sans fermeture d’Ormuz, l’anticipation de risque a déjà, dans des épisodes récents, entraîné des hausses rapides des prix du gaz en Europe et une élévation du “prix plancher” attendu pour le baril de pétrole à l’horizon 2026. Pour un grand compte, l’enjeu est moins de prédire le prix au centime près que de structurer une stratégie robuste de scénarios, de couverture et de sobriété pour protéger ses marges sur 2026‑2027.
Les intérêts stratégiques des grands acteurs
Iran : poids régional et levier Ormuz
L’Iran dispose de vastes réserves de pétrole et de gaz, mais c’est surtout sa position géographique sur le détroit d’Ormuz qui en fait un acteur central de la sécurité énergétique mondiale. En exerçant une pression sur la navigation (attaques de navires, menaces de fermeture, sur‑contrôles), Téhéran peut affecter une partie significative des flux en provenance d’Arabie saoudite, d’Irak, du Koweït, des Émirats et du Qatar, bien au‑delà de ses seuls volumes propres.
Du point de vue iranien, l’énergie et Ormuz sont des instruments de négociation et de dissuasion dans un environnement où les sanctions financières et commerciales limitent par ailleurs ses marges de manœuvre.
États-Unis et alliés : contenir sans casser le marché
Les États-Unis et leurs alliés cherchent un équilibre délicat : afficher une posture de fermeté vis‑à‑vis de l’Iran tout en évitant une flambée incontrôlée des prix de l’énergie qui fragiliserait leurs économies et leurs opinions publiques. Washington est devenu l’un des principaux fournisseurs de GNL à l’Europe, avec des engagements contractuels massifs d’ici 2028, ce qui lui donne un intérêt direct à maintenir des flux stables et à éviter une crise majeure sur Ormuz qui renchérirait trop fortement les prix pour ses propres alliés.
Cette position explique une diplomatie “de gestion de crise” : pression militaire ponctuelle, mais travail parallèle pour maintenir ouverts les corridors de transport maritime et rassurer les marchés.
Europe, Chine, pays du Golfe : sécuriser les flux, diversifier les options
L’Europe, très dépendante des importations d’hydrocarbures, cherche à la fois à sécuriser davantage de volumes GNL (États‑Unis, Qatar, Moyen-Orient) et à accélérer sa trajectoire de décarbonation pour réduire sa vulnérabilité aux chocs fossiles. De leur côté, la Chine et les grandes économies asiatiques absorbent plus de 80% du pétrole transitant par Ormuz, ce qui les pousse à renforcer leurs liens avec les pays du Golfe et à sécuriser des contrats de long terme.
Pour les producteurs du Golfe, l’enjeu est double : profiter des prix élevés à court terme tout en conservant une image de fournisseurs fiables, notamment vis‑à‑vis de l’Europe, qui a besoin de volumes pour compenser la baisse du gaz russe, et de l’Asie, qui reste le principal débouché. Cette mosaïque d’intérêts fait que la “guerre en Iran” se joue aussi comme une négociation permanente autour des flux d’énergie.
L’avis d’Universens : transformer le risque géopolitique en stratégie énergétique
Face à ce nouveau choc géopolitique, Universens ne se contente pas de commenter l’actualité : Universens analyse les scénarios d’évolution des marchés, préconise des trajectoires d’achat et de sobriété, et accompagne les grands comptes dans la sécurisation de leurs budgets énergie. Dans un contexte où les décisions européennes (fin du gaz russe, réforme de l’ARENH, décrets BACS et tertiaire) se superposent à l’instabilité au Moyen-Orient, l’absence de stratégie intégrée expose directement les marges opérationnelles.
Concrètement, l’approche d’Universens repose sur trois axes :
une expertise réglementaire et contractuel pour cartographier l’exposition aux hydrocarbures importés, aux contrats indexés et aux futures obligations (décret tertiaire, BACS, etc.) ;
une ingénierie financière de l’énergie pour tester plusieurs scénarios de prix (pétrole, gaz, électricité) à 3‑5 ans et en déduire des stratégies d’achats, de renégociation et de couverture adaptées aux profils de consommation ;
un plan de performance énergétique ciblant les usages les plus sensibles (chauffage, process, data centers, mobilités) afin de réduire la dépendance structurelle aux énergies fossiles et lisser l’impact des crises futures.
L’objectif n’est pas de prévoir le prochain tweet qui fera bouger le baril, mais de mettre les directions générales en situation de décider vite, en connaissance de cause, dans un environnement où les crises géopolitiques deviennent la norme plutôt que l’exception.