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La plateforme OPERAT centralise les déclarations annuelles des assujettis au décret tertiaire. Sept erreurs récurrentes rendent régulièrement ces déclarations non conformes : périmètre incomplet, année de référence mal choisie, modulations non justifiées. Les identifier avant le prochain contrôle évite des reprises coûteuses et sécurise votre trajectoire 2030.
Introduction
OPERAT — l'Observatoire de la Performance Énergétique, de la Rénovation et des Actions du Tertiaire — est la plateforme opérée par l'ADEME qui recueille les déclarations annuelles des bâtiments soumis au décret tertiaire. Déclarer n'est pas une formalité : les données transmises fondent le calcul des objectifs de réduction (-40 % en 2030, -50 % en 2040, -60 % en 2050) et conditionnent d'éventuelles sanctions.
Sur le terrain, une part notable des déclarations réalisées en interne comporte des erreurs qui peuvent les rendre inutilisables ou contestables. Cet article détaille les sept erreurs les plus fréquentes rencontrées par nos équipes d'audit, et la façon d'y remédier.
Erreur 1 : périmètre incomplet ou mal défini
La première erreur apparaît en amont de la déclaration. Elle consiste à omettre des bâtiments qui, cumulés à d'autres, franchissent le seuil de 1 000 m² de surface de plancher tertiaire.
Deux cas typiques : un patrimoine composé de petites unités apparemment individuelles mais appartenant au même propriétaire sur un même site, ou des ensembles mixtes (tertiaire + autre) dont la part tertiaire seule atteint le seuil.
La règle : le seuil s'apprécie au niveau de l'unité foncière, bâtiment, partie de bâtiment ou ensemble de bâtiments, selon la configuration. Un recensement exhaustif préalable à la déclaration est la seule méthode fiable.
Erreur 2 : année de référence non représentative
Le décret tertiaire autorise le choix d'une année de référence postérieure à 2010 pour établir les consommations de départ. Cette flexibilité peut jouer contre le déclarant si elle est mal exploitée.
Les cas à éviter : année de travaux lourds, année de fermeture partielle, année atypique pour cause sanitaire ou organisationnelle. Ces années surestiment ou sous-estiment le niveau « normal » de consommation et biaisent durablement la trajectoire.
Le bon réflexe est de comparer plusieurs années candidates, de les documenter, et de conserver les factures et indicateurs d'activité associés. Un mauvais choix d'année de référence n'est pas rattrapable sans démarche contraignante.
Erreur 3 : surfaces de plancher mal déclarées
La définition de la surface de plancher retenue dans OPERAT s'appuie sur la définition réglementaire d'urbanisme (surfaces closes et couvertes, sous hauteur supérieure à 1,80 m, calculées au nu intérieur des façades). Elle ne recoupe pas toujours les surfaces utilisées en interne pour la gestion patrimoniale ou la taxe foncière.
L'erreur classique consiste à reprendre une surface issue d'un tableau de bord interne sans la recalculer selon la définition réglementaire. Conséquence : un ratio de consommation par m² faussé, des objectifs calculés sur une base erronée, et une trajectoire qui diverge de la réalité.
Un contrôle systématique des surfaces via les plans, métrés ou diagnostics est recommandé avant toute déclaration.
Erreur 4 : sous-catégorie d'activité erronée
Chaque bâtiment doit être classé selon la nomenclature des catégories et sous-catégories d'activités OPERAT, structurée autour d'une douzaine de familles principales (bureaux, enseignement, commerces, hôtels, restauration, santé, logistique, etc.).
Le choix de la sous-catégorie conditionne les seuils en valeur absolue (Cabs) applicables, définis progressivement par les arrêtés « valeurs absolues » publiés depuis 2020. Une erreur de classement peut donc rendre l'objectif soit impossible à atteindre, soit au contraire artificiellement facile — ce qui sera flagué lors des contrôles.
Dans les bâtiments multi-activités, la logique de ventilation entre sous-catégories doit être explicite et documentée. Elle ne peut pas être approximée au doigt mouillé.
Erreur 5 : vecteur énergétique oublié
Toutes les énergies consommées sur le périmètre assujetti doivent être déclarées, y compris les vecteurs marginaux (appoint fioul d'un site principalement au gaz, consommation d'un réseau de froid sur un équipement secondaire, bois dans un bâtiment récent, etc.).
La conséquence d'un oubli est double : sous-déclaration des consommations, avec un risque de requalification lors d'un contrôle, et trajectoire de réduction faussée, parce que la base de comparaison est incomplète.
Le bon réflexe consiste à cartographier l'ensemble des contrats d'énergie du site avant de remplir la déclaration, et pas uniquement les principaux.
Erreur 6 : modulations non documentées
Le décret tertiaire prévoit des possibilités de modulation des objectifs pour des motifs techniques, architecturaux ou patrimoniaux, ainsi que pour disproportion économique manifeste. Les conditions de mise en œuvre sont précisées dans l'arrêté « méthode » et ses évolutions.
Une modulation n'est pas un droit automatique : elle doit être justifiée par un dossier argumenté, avec calculs, études techniques et, dans le cas économique, démonstration de la disproportion entre coût des actions et gains attendus.
Déclarer une modulation sans dossier solide expose à une remise en cause lors du contrôle, et donc à une trajectoire rétablie à son niveau initial — souvent inatteignable dans les délais restants. Mieux vaut une modulation documentée, même plus modeste, qu'une demande optimiste non étayée.
Erreur 7 : non-respect des délais et historique incomplet
La déclaration OPERAT est annuelle. Les consommations de l'année N doivent être déclarées avant le 30 septembre de l'année N+1 [source : ADEME, OPERAT]. Par ailleurs, le déclarant doit reprendre les années antérieures requises pour disposer d'un historique cohérent avec l'année de référence choisie.
En cas de non-déclaration, la procédure prévoit une mise en demeure par le préfet avec un délai de trois mois, puis, le cas échéant, l'obligation de transmettre un programme d'actions sous six mois. Le manquement persistant peut donner lieu à une amende administrative pouvant atteindre 1 500 € pour les personnes physiques et 7 500 € pour les personnes morales, par entité fonctionnelle assujettie. Le régime prévoit également une publication des contrevenants selon le principe « name and shame ».
Deux erreurs fréquentes : rater la date limite en pensant que la sanction est théorique, ou démarrer la déclaration avec l'année en cours sans reprendre les précédentes. Dans les deux cas, la conformité globale du dossier est fragilisée.
L'avis d'Universens
Dans la majorité des déclarations que nous avons vu, au moins deux des sept erreurs ci-dessus sont présentes. Les plus fréquentes : année de référence mal choisie (erreur 2) et modulations non documentées (erreur 6). Les plus coûteuses à rattraper : périmètre incomplet (erreur 1), parce qu'elle implique de reprendre toute la logique de déclaration.
Notre position est claire : les contrôles vont se durcir à l'approche des échéances 2030. L'ADEME dispose désormais d'un historique de plusieurs années de déclarations, et les écarts entre déclarations voisines sur des typologies comparables deviennent statistiquement détectables. Une déclaration fragile aujourd'hui devient un risque juridique et financier demain.
Le bon moment pour sécuriser sa déclaration n'est pas quand le contrôle arrive, c'est maintenant, pendant qu'il reste du temps pour corriger les erreurs de fond — notamment le choix de l'année de référence, qui ne se rattrape qu'au prix d'une démarche lourde. Faire auditer sa déclaration par un tiers expert est, dans notre expérience, l'investissement à meilleur ROI sur ce sujet.
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Le propriétaire ou, par accord, le preneur à bail. L'assujetti est la personne juridique qui exerce l'activité tertiaire dans le bâtiment concerné [source : Legifrance, décret n° 2019-771]. L'accord propriétaire/locataire doit être formalisé pour éviter les zones grises.
Les consommations de l'année N doivent être déclarées sur OPERAT avant le 30 septembre de l'année N+1 [source : ADEME, OPERAT]. Rater cette échéance expose à une procédure de mise en demeure par le préfet.
Oui, mais la démarche est contraignante et doit être justifiée. Il est fortement préférable de bien choisir son année de référence dès la première déclaration, en s'appuyant sur des données documentées.
Le décret prévoit une mise en demeure suivie, le cas échéant, d'une amende administrative jusqu'à 1 500 € pour les personnes physiques et 7 500 € pour les personnes morales, appliquée par entité fonctionnelle assujettie, et d'une publication « name and shame »
Oui, et c'est même une pratique recommandée. Un cabinet spécialisé revoit le périmètre, l'année de référence, les sous-catégories, les modulations et l'historique, et identifie les erreurs avant qu'elles ne soient relevées en contrôle.
Points clés
- Une part notable des déclarations OPERAT réalisées en interne comportent au moins deux des sept erreurs identifiées.
- Les erreurs les plus coûteuses à rattraper concernent le périmètre et l'année de référence, fixés dès la première déclaration.
- Une modulation sans dossier documenté est un risque : mieux vaut une demande modeste mais justifiée qu'une demande optimiste fragile.
- Les contrôles ADEME vont se durcir à l'approche de 2030 : sécuriser sa déclaration maintenant a un ROI supérieur à la gestion réactive.
- Faire auditer sa déclaration par un tiers expert est l'investissement le plus efficace pour sécuriser la trajectoire décret tertiaire.
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Sources
- Legifrance — Décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 relatif aux obligations d'actions de réduction de la consommation d'énergie finale dans des bâtiments à usage tertiaire : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000038812251/
- Legifrance — Arrêté du 10 avril 2020 (arrêté dit « méthode ») relatif aux obligations d'actions de réduction des consommations d'énergie finale dans les bâtiments tertiaires : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000041842389/
- Legifrance — Arrêté du 24 novembre 2020 (valeurs absolues I) : https://www.legifrance.gouv.fr/
- Legifrance — Arrêté du 13 avril 2022 (valeurs absolues II) : https://www.legifrance.gouv.fr/
- Legifrance — Arrêté du 10 décembre 2023 (valeurs absolues III) : https://www.legifrance.gouv.fr/
- Legifrance — Arrêté du 1er août 2025 (valeurs absolues VI) : https://www.legifrance.gouv.fr/
- ADEME — Plateforme OPERAT : https://operat.ademe.fr/
- Code de l'urbanisme — Article R. 111-22 (définition de la surface de plancher) : https://www.legifrance.gouv.fr/